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Préserver le savoir-faire lunetier - L'interview de Thierry (Partie II)

Aujourd'hui, nous vous proposons la seconde partie de l'interview de Thierry, un des 2 dirigeants de notre atelier lunetier.

La dernière fois (voir ici), Thierry nous racontait comment l'atelier faisait face au contexte de crise sanitaire. Malgré les obstacles (annulation de 2 de leurs principaux salons professionnels, fermeture des opticiens, gel de leurs commandes), Thierry et son équipe restent positifs et préparent le futur.

Dans cette seconde partie, Thierry évoque l'origine de l'atelier, le savoir-faire Made in France dans la lunette, comment identifier une lunette de qualité, et il passe au crible les 2 modèles que nous avons travaillés avec eux : la Solaire N°2 (lancée en 2019) et la Solaire N°3 (nouveauté 2020).

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Quelle est l'histoire de la création de votre atelier lunetier ?

Thierry : L’histoire de la manufacture commence dans les années 60, avec la création d’une petite usine de fabrication de montures de lunettes sur mesure par Jean Lempereur, opticien à Évreux.

Evreux, petite ville de Normandie connue notamment pour sa cathédrale

Professionnel exigeant, il ne trouve pas de produits répondant à ses critères et satisfaisant ses clients. Après quelques années, fort de son succès, l'atelier se modernise et produit jusqu’à 30.000 montures par mois.

En 1980, sa forte notoriété dans le secteur de la lunetterie permet à Monsieur Lempereur de travailler avec les plus grands couturiers, pour lesquels il réalise leur collection de lunettes.

Toujours à la recherche d’innovations, Monsieur Lempereur est précurseur dans l'usage de matériaux jusque-là inutilisés dans l’industrie lunetière : le bois, l’écaille de tortue et la corne de buffle.

L’année 2011 est marquée par le déménagement dans de nouveaux locaux, plus modernes et optimisés.

En 2014, constatant que la demande en produits réellement Made in France est de plus en plus forte, nous avons, avec Jean-François, racheté l'entreprise pour accélérer son développement. Entourés de professionnels maîtrisant parfaitement le métier, nous partons à la conquête de nouveaux marchés.

Ici, Jean-François est au montage des verres

Entre 2015 et 2017, près d'une dizaine de nouvelles marques migrent leur fabrication française de montures 100% acétate ou combinées métal/acétate chez nous.

2018 s'inscrit dans la dynamique de l'innovation et de l'investissement :

  • Extension des locaux,
  • Mise en œuvre de deux centres numériques 5 axes, l'un pour les prototypes, l'autre pour la production de faces,
  • Intégration d'un centre laser pour la découpe et le marquage,
  • Nouvelle ligne de montage.

Ces investissements permettent d'accroître la capacité de production et ainsi d'accélérer notre réactivité.

En 2019, pour accompagner l'accroissement de la production, 4 nouvelles batteries de tonneaux entrent en fonctionnement. 

Les tonneaux de bois sont remplis de petites billes (souvent en bois) qui viennent poncer pendant de longues heures l'acétate. Pour un toucher ultra doux !

2020, notre manufacture reçoit la certification Origine France Garantie. Ce label atteste de la réelle fabrication de vos lunettes sur notre site. Il est périodiquement contrôlé et certifié par l'AFNOR.

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Avez-vous des anecdotes sur la création ou sur les premières années ?

Thierry : Le berceau de la lunette étant situé dans le Jura, Monsieur Lempereur, originaire de Normandie, a décidé de faire sa formation d’opticien lunetier à Morez. Il est ensuite revenu à Évreux, où il a décidé de créer, sur place, son atelier.  Il a aussi créé plus d’une dizaine de magasins d’optique, des marques, et donc, l'actuelle manufacture.

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Pouvez-vous nous parler de la reprise de votre atelier ?

Thierry : Après avoir passé 25 ans dans l’informatique, nous voulions reprendre une société qui disposait d’un savoir-faire fort. Par exemple, peu de gens savent que nous disposons de pratiquement tous les modèles de lunettes réalisés depuis plus de 30 ans !  Des planches de dessins de grandes marques ou de marques disparues … Certains de nos ouvrages au bureau d’étude seraient dignes de figurer dans un musée. Nous appelons cela notre trésor !

Un des points forts de l'atelier : son studio de création !

Que reste-t-il du savoir-faire lunetier français ?

Thierry : D’une manière générale, l’industrie française a été décimée car elle a été mise en concurrence avec les productions chinoises, sans aucune préparation à cette concurrence spécifique, et sans aucune protection. 

Certains savoir-faire ont ainsi complètement disparu.

L’industrie lunetière à également subi cette vague de délocalisations.

Toutefois, ceux qui restent ont réussi à démontrer que leur savoir-faire permet de justifier des productions haut-de-gamme et/ou des lunettes de créateur. Nous avons en France une capacité à inventer et concevoir des produits de luxe qui offrent au client un plaisir incomparable. Que ce soit pour les formes, les matières, les techniques de fabrication. Nous savons offrir à nos clients de l’émotion.

Le montage à la main des branches

Est-il difficile de conserver une bonne qualité de confection en France ?

Thierry : Certainement pas !  C’est notre marché principal.  Il faut être organisé pour faire des produits haut-de-gamme depuis le début du projet jusqu’à la livraison des produits finis. C’est notre ADN. A contrario, nous ne saurions pas faire « vite et mal » car l’ensemble de nos employés ont le goût du travail bien fait, et l’œil aguerri pour repérer tout ce qui ne va pas au cours de l’ensemble du cycle de fabrication.

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Pour vous, qu'est-ce qu'une belle lunette ? Comment la reconnaître ?

Thierry : En moyenne, il faut 80 opérations différentes pour fabriquer une lunette en acétate de cellulose. Les trois quarts de ces opérations sont manuelles. 

Une belle lunette, c’est avant tout un beau dessin. C’est le travail du designer qui doit « inventer » la forme de la lunette, avec un équilibre subtil à trouver entre le coté chic et différenciant.  Une belle lunette est avant tout un objet de mode avant d’être un dispositif de vision.

Voici le croquis de la Solaire N°3, nouveauté 2020 :-)

II faut ensuite, sur la base du travail du designer, faire un dessin et une conception technique, pour pouvoir concrètement donner vie à la monture, qu’elle respecte les dimensions idéales pour s’adapter aux différents visages, qu’elle soit légère, confortable et solide, qu’elle mette le porteur en valeur.

Voici le schéma technique de la Solaire N°3

II faut que l’acétate utilisé soit de première qualité, tout comme les composants (verres, armatures, charnières, vis).

L'actétate est un matériau dérivé du bois. C'est LE meilleur matériau en lunetterie.

En enfin, il faut qu’elle brille, que l’acétate soit parfaitement poli, et que les finitions soient exemptes de tout défaut.

La polisseuse en action !

Au niveau du design, pourriez-vous me reparler des particularités de nos 2 modèles ? 

Thierry : La Solaire N°2, ainsi que la Solaire N°3 (nouveauté 2020), sont toutes les 2 des modèles de type "Pantos", avec ce que nous appelons un "nez clef". Cette expression désigne le fait que la racine du nez du porteur ne touche pas la lunette. Ceci assure un confort exceptionnel.

On voit bien ici le fameux "nez clef" typique des modèles "Pantos": le pont ne reposera pas directement sur le nez, pour plus de confort.

Votre Solaire N°2 a une forme ronde. Elle est d’une largeur intermédiaire, donc elle peut facilement être portée par des hommes ou des femmes.  La hauteur du verre permet aussi à des porteurs qui voudraient faire monter des verres correcteurs progressifs de pouvoir le faire sans soucis.

La Solaire N°2, lancée en 2019.

Votre Solaire N°3 est un peu carrée, et légèrement plus large (+3mm). Elle ira parfaitement aux visages plus rondsElle garde un coté unisexe et une intemporalité remarquable.

Les couleurs que vous avez choisies sur ces 2 modèles permettront à chacun de trouver un look adapté, que l’on veuille faire la part belle au côté vintage ou à la modernité.

Les deux modèles sont usinés dans la masse. Les faces sont fraisées, dans une plaque d’acétate de 8mm d’épaisseur, pour avoir un côté cossu, et un grand confort grâce aux plaquettes anatomiques (parties qui touchent le nez). Les charnières sont à 5 griffes :  là aussi, nous  avons utilisé des composants haut-de-gamme.

Une charnière 5 griffes et un acétate bien épais (8mm)

D'un point de vue esthétique, comment accompagner nos clients dans leur choix (entre la forme ronde et la forme rectangulaire) ?

Thierry : Il faut prendre les deux ! et varier les plaisirs en fonction de l’humeur de jour, de votre tenue, de l’endroit où vous vous rendrez.

Plus sérieusement, les couleurs sont presque plus importantes que la forme, car les 2 solaires peuvent correspondre à la plupart des visages. Si vous avez un visage très carré, vous pouvez opter pour la Solaire N°2.  Si vous avez un visage plus large, optez pour la Solaire N°3.

C’est le choix des couleurs qui illuminera votre visage, et vous permettra de révéler votre personnalité.

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Pour finir, on vous propose de découvrir notre atelier en images :

A la découverte de notre atelier lunetier, en Normandie