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Petite histoire de la laine mérinos

L’histoire des savoir-faire est étroitement liée aux matières nobles qu’ils transforment. Le cuir, les métaux, les fibres végétales. L’artisan leur donne une forme éloignée de leur aspect d’origine. 

Parmi ces matières, la laine tient une place de 1er rang.

Bien avant que le mouton n’ait été domestiqué il y a environ 10.000 ans, quelque part entre la Mer Méditerranée et le Golfe Persique, l’Homme s’est protégé de sa toison protectrice et chaude.

Elle est même partie prenante de la mythologie grecque, puisqu’elle est l’objet de la quête de Jason : la Toison d’or.

Dans cette fameuse épopée, un héros au sang royal nommé Jason décide de reprendre le trône usurpé par son propre oncle Pélias. Mis au défi par ce dernier de troquer la couronne convoitée en échange de la Toison d’or, une laine de bélier aux propriétés surnaturelles, le jeune prince partit en quête de cette laine légendaire.

L’histoire donne le nom du bélier, Chrysomallos. Mais elle ne dit rien de son espèce.

Chez Atelier Particulier, nous nous prenons souvent à imaginer qu’il s’agissait d’un mouton mérinos. Serait-ce la Toison d’or ?

Jason rapportant la Toison d'or au roi Pélias. Cratère à figures rouges d'Apulie, v. 340 av. J.-C., Crédit photo musée du Louvre.

Une matière jalousement gardée pendant des siècles

Le mouton mérinos serait né en Espagne. S’il reste un mouton tel que nous pouvons couramment le voir gambader dans les prés, il se différencie des autres sous-espèces par la qualité de sa laine. Cette laine, c’est le résultat du travail des Espagnols qui, pendant des siècles, ont travaillé à l’amélioration de l’espèce à huis clos. En effet, jusqu’au XVIIIe siècle, toute tentative d’exportation de moutons était punie de la peine de mort.

Le mouton mérinos produit beaucoup (beaucoup) de laine - Crédit photo Futura-science

Et pourtant, le roi Louis XVI réussit en 1786 de convaincre la couronne espagnole de lui vendre un troupeau de 366 individus. Ce troupeau donna même naissance à la conservation de l’espèce en France, à la Bergerie Nationale de Rambouillet. 

Dévolue à l’innovation et à l’amélioration des qualités de la laine, cette bergerie aura un succès fort en France et dans le monde entier. Argentine, Australie, Afrique du Sud et tant d’autres achèteront dès le XIXème siècle des moutons pour améliorer leur propre cheptel reproducteur. 

Mais qu’est-ce qui a valu tant de succès au Mérinos français ?

Cette intuition royale précéda de quelques décennies l’avènement de l’industrie textile. Douce, résistante, ultra-fine et de qualité très régulière, la laine de mérinos avait toutes les propriétés pour prospérer dans un monde cherchant à produire plus et plus vite.

A une période, ou l’industrie du textile prend son essor, la laine de mérinos se différencie de ses voisines par des propriétés d’exceptions. A la fois douce, résistante et ultra-fine elle séduit toutes les nations du monde.

Bienvenue à la Bergerie Natonal de Rambouillet - Crédit Photo - Fondation du Patrimoine

La révolution du Royaume-Uni

Pionnière du développement du textile, l’Angleterre ne sera pas en reste. Connue pour être le meilleur drapier d’Europe, la (perfide) Albion maitrisait à l’envi l’usage de la laine, pour ses propriétés d’isolation comme d’absorption d’humidité. Elle trouva dans la laine mérinos une opportunité nouvelle : créer des tissus doux, fins et lumineux.

Et c’est cette opportunité saisie par les Anglais qui explique encore aujourd’hui la géographie des troupeaux de moutons dans le monde. 

En effet, le mouton mérinos goûtait peu au climat anglais. Mais, c’est bien connu, l’Angleterre du 19ème siècle était un Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

La légende veut donc que ce soit l’explorateur James Cook, connu pour l’exploration d’îles qui portent encore son nom, qui ait importé le mouton sur les terres de l’océan indien. D’abord en 1773 en Nouvelle-Zélande, avant que l’Australie ne découvre ces étranges ovidés dès 1797. Il ne s’agissait pas encore du Mérinos, qui arrivera au 19e siècle, mais les premières pierres d’une véritable révolution de la production lainière étaient néanmoins posées.

C’est donc en Australie et en Nouvelle-Zélande que s’implantèrent les élevages de mérinos qui fournissaient la matière première aux ateliers anglais.

Il faut dire qu’il y avait là-bas de l’espace. En Tasmanie, là où le mérinos fut implanté en 1er, la population était faible en nombre. Les ovins étaient délibérément laissés en liberté, puis tondus de temps en temps.

Les moutons naviguent à leur grés sur les plaines de Tasmanie - Crédit photo - Chargeurs Luxury Matérials

Depuis lors, c’est la Nouvelle-Zélande qui a volé la vedette sur le front de ce mouton d’exception. La Nouvelle-Zélande est le pays à la densité ovine la plus élevée au monde, avec un total de plus de 27 millions de bêtes, pour 4,7 millions de Kiwis. Tandis que la végétation dense du nord du pays abrite les moutons gérés par les Maoris, les étendues plus sèches du sud laissent davantage d'espace aux animaux et conviennent plus particulièrement à la race mérinos, qui peut y exploiter tout son potentiel.

La Nouvelle-Zelande, c'est beau !

Aujourd’hui, la laine mérinos est toujours la laine de mouton la plus précieuse et la plus prisée du monde, et les raisons de son succès n’ont pas changé. Bien au contraire.

Les savoir-faire d’élevage et de tonte ayant considérablement progressé au fil des siècles, ses propriétés sont désormais poussées à l’extrême.

Extrêmement fine grâce à ses 19,5 microns de moyenne, soit un diamètre 3 à 4 fois inférieur à un cheveu humain, la laine mérinos est d’une légèreté déconcertante. À la fois douce, respirante et particulièrement chaude, elle s’offre même le péché d’orgueil absolu pour une fibre de laine : elle ne gratte pas.

En ajoutant à ces caractéristiques une faculté rare à demeurer inodore et relativement imperméable, nous obtenons une matière tout aussi bien appréciée des randonneurs et sportifs que des plus grandes maisons du luxe.

Rendues maîtresses dans l’utilisation de cette laine, certaines de ces institutions, d’ailleurs, s’illustrent de par leur capacité à en tirer le meilleur.

Loro Piana, par exemple, a récemment pu atteindre 12 microns d’épaisseur seulement. Une performance qui rapproche la fibre de mérinos de la vigogne et du baby cachemire, les fibres les plus fines du monde.

La Toison d’or n’est plus un mythe.

Nous l’avons trouvé, et elle est accessible à tous, notamment au sein de notre e-shop.