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Jean Perzel, l’atelier qui a révolutionné la lumière.

Les routes du savoir-faire nous emmènent parfois sur des terres familières.

Aujourd’hui, elles nous indiquent tout droit un bâtiment qui se trouve en plein cœur de Paris.

Entre les murs de cet atelier du 14ème arrondissement, on voyage dans le temps et dans l’espace. Il nous est possible d’y revivre plusieurs évènements historiques, et de découvrir un savoir-faire qui a conquis le monde entier.

Vous savez, ce type de savoir-faire qui a provoqué un « avant » et un « après lui ».

Aujourd’hui, nous entrons chez Jean Perzel.

Un atelier qui marqué de son empreinte le monde du luminaire.

Sous vos yeux, la façade facilement identifiable de la boutique Jean Perzel

Il y a un siècle, naissait l’Atelier Jean Perzel

Nous sommes en 1923.

Dans le Paris des années folles, qui fête sans retenue la fin de la première guerre mondiale. C’est à cette date qu’un jeune artisan de 31 ans installe discrètement son atelier Rue de la Cité-Universitaire à Paris.

D’un naturel vif et curieux, il a trouvé dans cette allée tranquille et fleurie du 14ème arrondissement l’endroit idéal pour donner libre court à l’art qui l’intrigue tant depuis toujours : la verrerie.

Son nom est Jean Perzel.

Le visage de ce fameux jean Perzel !

Dès son adolescence en Allemagne, il se prend d’intérêt pour le travail de la lumière, et entreprend de devenir apprenti peintre sur verrerie dans une école de Bavière. Sa rigueur et sa curiosité sans limite le pousseront rapidement à exceller, jusqu’à être nommé major de sa promotion à 16 ans.

Une carrière prometteuse s’offre alors à lui dans son pays natal, mais le jeune artisan a un autre projet : il veut percer à jour tous les secrets de la peinture sur verrerie. Pour mener à bien ce projet ambitieux, il décide de mener un grand tour d’Europe afin de s’immerger dans les savoir-faire spécifiques de chaque pays.

Déjà à l’époque, il veut repousser les limites de son art.

Voilà à quoi pouvait ressembler un atelier de peinture sur verrerie à l'époque.

Pendant 2 ans, il parcourra à pied les villes artisanales les plus prestigieuses d’Europe. Puis, en 1910, il finira par s’installer dans la ville lumière. Coïncidence ? 

Jusqu’en 1920, il apprendra aux côtés des meilleurs maîtres verriers de la capitale et étudiera, en plus de son travail de peintre, le design et les éclairages d’intérieurs sous tous les angles.

À notre époque, 10 ans, cela peut sembler long. Mais dans le monde de l’artisanat d’art c’est le délai minimum pour maitriser toutes les facettes d’un savoir-faire aussi délicat que la verrerie.

La recette de l’intemporalité 

L’idée que Jean Perzel insuffla au sein de son atelier conditionna chaque aspect de la création de ses pièces : un luminaire doit s’effacer au profit de son intérieur, le magnifier. Cette idée novatrice entra en résonnance avec les préceptes d’un mouvement artistique très en vogue au début du siècle, l’Art Déco.

Le bâtiment des Folies Bergère, un exemple typique d'architecture Art Déco !

Ce style prônait un retour absolu à la symétrie, à la sobriété et à l’épuration des formes. Un idéal auquel allait s’ajouter le travail manuel du cuivre et du verre optique, deux matières que Jean Perzel considérait comme nobles, et particulièrement efficaces. Le verre optique, qu’il fut le premier à populariser dans ce domaine, permet par exemple une large propagation de la lumière sans qu’elle ne soit aveuglante.

À l’aide de ces principes fondateurs, Jean Perzel tenait enfin le moyen de chambouler un secteur du luminaire qu’il considérait comme trop chargé, complexe et richement décoré. Bref, pas assez performant du seul point de vue de l’éclairage. Pour s’en assurer, il fit du travail manuel et de la recherche de design la colonne vertébrale de son atelier.  

Chaque pièce en verre est minutieusement découpée au diamant, avant d’être sablée pour garantir l’opacité et le filtrage de la lumière. Vient ensuite l’ajustage : le verre est travaillé sur une plaque tournante, enduite d’un mélange abrasif d’eau et de sable pour façonner efficacement la matière.

Un siècle plus tard, les ouvriers de l’atelier utilisent toujours les mêmes gestes et machines.

On ne plaisante pas avec le travail manuel chez Jean Perzel

Le verre est ensuite assemblé au bronze à l’aide de plusieurs limes, chaque pièce étant numérotée comme un puzzle, puis signée. Vous n’y trouverez ni vis apparente, ni colle. Un travail d’orfèvre qui implique entre 50 et 100 heures selon les modèles à créer.

Tel est le prix à payer pour l’intemporalité.

Ce savoir-faire riche et complexe, chaque dirigeant de l’entreprise doit le connaitre sur le bout des doigts pour s’en rendre digne. Olivier Raidt, petit neveu de Jean Perzel, a ainsi dû travailler pendant 10 ans à chacun des postes techniques de production avant d’être en mesure d’en prendre les rênes. Il devait connaître le métier des artisans qu’il dirigerait.

Une telle exigence est sensée être presque impossible à tenir de nos jours, face à la mécanisation de la production et à la concurrence à bas cout. Pour l’Atelier Jean Perzel, rien ne sert de faire comme tout le monde. Il faut avoir un coup d’avance sur son époque.

C’est ce qui lui a permis de travailler sur certains des plus beaux projets de l’histoire de France.

Jean Perzel sur le plus grand paquebot du monde

Au début des années 30, la renommée de l’Atelier Jean Perzel est telle qu’il est sollicité pour participer à un chantier d’une ampleur inédite en France : le paquebot Normandie, alors le plus grand navire du monde.

Croyez-nous, le Normandie n'avait rien à envier à la prestance du Titanic ;)

Long de 313 mètres, le Normandie était la manifestation la plus aboutie du « navire de rêve ». Dans l’histoire, il restera à jamais comme un des plus beaux paquebots ayant jamais existé, avec ses intérieurs luxueux et son titre de navire le plus rapide du monde lors de son voyage inaugural de 1935.

Pour magnifier les intérieurs de ce paquebot, on fit appel aux meilleurs artisans et artistes de l’époque. Naturellement, Jean Perzel fut chargé de concevoir les luminaires des appartements de luxe du Normandie, dont les archives de l’époque nous offrent un aperçu.

Presque 100 ans plus tard, le design des pièces du normandie n'a pas pris une ride.

À découvrir ce projet pharamineux et luxueux, on en oublierait presque que Jean Perzel a conçu des lampes pour monsieur et madame tout-le-monde. Et pourtant : un des projets qui a révélé son travail s'adressait directement aux étudiants de son quartier.

La pièce de l’équipe : retour aux sources

 

Nous sommes en 1929, et Jean Perzel reçoit une commande inhabituelle.
On lui demande de concevoir une nouvelle lampe pour équiper les tables des étudiants de la Cité Universitaire de Paris.

Pour l’artisan, qui a fondé son atelier tout juste 6 ans auparavant, c’est l’occasion de mettre son art au service de besoins concrets. À ses yeux, un étudiant travaille beaucoup, et se fatigue vite si sa lumière est inadaptée.

Pour cela, Il décide de concevoir une lampe à cache pivotant, pour permette aux étudiants de modeler la lumière selon leurs besoins. Un système d’une simplicité déroutante, mais auquel on n’avait jamais pensé à l’époque. C’est cette pièce, tout aussi épurée qu’ingénieuse que l’équipe d’Atelier Particulier a choisi pour représenter Jean Perzel.

C'est avec la partie métallique de la lampe que les étudiants pouvaient atténuer l'intensité de la lumière

Pour Atelier Particulier, Jean Perzel illustre parfaitement un des aspects essentiels du savoir-faire. Plus qu’être simplement beau, ou précieux, un savoir-faire répond à un besoin. Quitte à remettre en question les grandes conventions.

À l’instar des plus grands noms du savoir-faire, cette volonté de se réinventer en permanence est la marque d’un savoir-faire qui n’a rien à craindre du temps. Au contraire, il a toujours un temps d’avance sur lui.

Car en 1930 ou en 2020, Jean Perzel fait les luminaires de demain.